Zabel Essayan - Etape n°13

Arménie


Dans les ruines. Les massacres d'Adana, 1909, aux éditions Phebus, 1911.

Traduit de l'arménien par Léon Ketcheyan. 

Disponible sur commande pour 10 euros sur La Librairie.com (chez Libretto). 


Arménie


Quatrième de couverture : 


Avril 1909. La ville d'Adana et sa plaine si fertile ne sont plus que champs de ruines. Accompagnant la Croix-Rouge, la romancière et journaliste Zabel Essayan conte par le menu ce que ses yeux distinguent, ce que ses oreilles entendent, ce que son coeur ressent. Et que voit-elle ? La destruction des quartiers chrétiens d'Adana par une population turque fanatisée. Religieux, notables et hommes du peuple massacreront en quelques jours plus de trente mille arméniens en Cilicie. 

Empreint de la violence qui l'entoure, le récit de la journaliste décrit avec une puissance rare l'atrocité des massacres et l'impuissance d'une civilisation aux abois face au nationalisme délirant des Jeunes-Turcs. Livre halluciné, Dans les ruines est un témoignage à résonance universelle, il parle pour tous les génocides d'hier et d'aujourd'hui. 

Mon avis : 


Zabel Essayan le précise d'entrée, elle ne veut véhiculer aucune haine à l'égard du peuple turc. Son objectif est clair, décrire, rendre compte de la détresse des Arméniens qu'elle rencontre lors de sa mission humanitaire, pour ne pas oublier, surtout ne pas oublier. Elle se métamorphose en une écrivaine-reporter et cet ouvrage se distingue, par conséquent, de l'oeuvre d'Assia Djebar où la réalité rencontrait parfois la fiction.

Elle partage autant ses souvenirs, son ressenti, son émotion (ses larmes et son impuissance) que ceux des gens qu'elle croise. Elle décrit avec force ce contraste entre la beauté du monde, des paysages de l'Arménie, et l'horreur des ruines, des corps calcinés, du sang et de la poussière. Pour lutter contre le danger du fanatisme qui fut la cause d'une telle atrocité, Zabel Essayan s'obstine à insuffler de l'espoir, tant dans l'écriture que physiquement, afin de ne pas voir se déverser à nouveau sur eux la folie humaine.

La souffrance est crue, on la ressent à vif, comme si on nous présentait des photographies. C'est efficace, on en sature presque tellement cela prend aux tripes. Mais on lit jusqu'au bout ce témoignage, où se dégage une dimension tragique puisque les Arméniens, sans rancune, espèrent renaître de leurs cendres (comme le sous-entend l'auteure) alors que l'Histoire, elle, a contredit leurs espérances avec le génocide perpétré en 1915... 


La semaine prochaine, on change d'air, on atterrit en Antilles Néerlandaises, du côté d'Aruba, Bonaire et Curaçao.

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